A Trappes, le clientélisme compte ses victimes

A Trappes, le clientélisme compte ses victimes

Trappes est actuellement sur le devant de la scène médiatique. Une occasion pour moi de dénoncer des pratiques politiques que j’ai pu observer sur le terrain : celle du clientélisme qui accentue la fracture entre les habitants ;  entre la ville et le reste du pays.

Retrouvez la tribune publiée dans Le Point

Le livre sur Trappes récemment publié par deux journalistes du Monde, Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin, a un mérite notable : celui de mettre en lumière la situation de la  ville, îlot défavorisé en plein milieu du département prospère des Yvelines. Mais poser ce constat ne suffit pas. Il faut pointer les responsables, sinon les coupables, de cette profonde fracture entre les territoires enclavés que sont devenues certaines banlieues et le reste du pays.

Trappes, comme d’autres villes populaires administrées depuis des dizaines d’années par des élus de gauche, est minée par les conséquences des politiques clientélistes qui y sont menées. C’est en nourrissant le communautarisme, religieux ou social, que certains élus se sont maintenus en place. C’est un comportement dangereux, que nous devrions qualifier et pénaliser comme tel. Pour se constituer un électorat qui leur serait favorable, le pouvoir local a méthodiquement organisé la ghettoïsation de certains quartiers de Trappes. Une  véritable guerre contre les classes moyennes a été déclarée: imposition très lourde pour les propriétaires – les impôts locaux peuvent y atteindre jusqu’à 4 000 euros par an pour une résidence pavillonnaire – ou barème du quotient familial pénalisant ceux qui travaillent. Ce n’est pas un hasard si Trappes ne compte que 26% de propriétaires, quand d’autres villes voisines comme Elancourt ou Montigny-le-Bretonneux en comptent plus de 60%.  Ceux qui ne sont ni assez pauvres pour bénéficier des aides, ni assez riches pour supporter ces lourdes charges n’ont aucune raison de continuer à y vivre. Malgré les intentions affichées, les élus en place n’ont aucun intérêt à faire sortir les habitants de leur situation précaire : ils y perdraient leur réélection, autant que les ressources auxquelles leur commune a droit au titre de la péréquation.

Ce marchandage électoral s’est aujourd’hui déplacé sur d’autres terrains. Le discours identitaire porté par des élus, comme l’ancien député Benoît Hamon, a contribué à creuser la fracture profonde que nous constatons aujourd’hui. Une fracture qui vient menacer gravement notre pacte national et notre cohésion sociale. En organisant la défiance face aux institutions républicaines et face au reste du pays : les forces de l’ordre seraient les ennemis, l’école imposerait le porc à la cantine, les employeurs seraient tous racistes… Les annonces récentes de Benoît Hamon dans la presse annonçant « qu’il ne croit pas à l’existence d’un vote musulman » n’ont pas toujours été d’actualité.  Durant ses différentes campagnes électorales locales, il a régulièrement usé de la peur de l’autre pour mobiliser en sa faveur dans les urnes.

En tant qu’élu d’opposition, j’ai assisté à nombre d’incidents révélateurs  de la gestion opaque privilégiée par les élus en place, et de leurs échanges tendancieux avec certaines associations cultuelles. Les pratiquants en sont les premières victimes. Les relations qu’entretiennent leurs représentants auto-proclamés avec la municipalité les placent dans une situation de soumission et  de dépendance dont ils ne peuvent s’extraire. Mais ce manque de transparence contribue surtout à creuser plus encore la fracture béante qui existe entre communautés. Comment peut-on s’étonner de la défiance de certains habitants par rapport à la construction de lieux de culte quand ils en ignorent tous les déterminants ? Comment peuvent-ils voir d’un bon œil ce type de projets quand ils n’y sont pas associés ? Trappes connaît, comme ailleurs, une abstention massive à chaque élection, jusqu’à 73% pour les législatives de 2017. Ce n’est pas l’indifférence des citoyens ou l’absence de conscience politique qu’il faut y voir. Trappes a une identité forte, un tissu associatif vivace, une vie locale dense. L’abstention est le résultat de cette pratique clientéliste, qui instaure un système à deux vitesses, entre le petit nombre de ceux qui en bénéficient et la majorité silencieuse de ceux qui en sont exclus. A quoi bon aller voter quand on est de ces derniers ?

A Trappes, on ne bourre pas les urnes pour gagner une élection, on les vide.

Nous avons levé aujourd’hui l’une de nos œillères : peu de politique contestent les problèmes qui minent des villes de banlieue comme Trappes : le chômage, la radicalisation, l’insécurité. Mais il nous reste à lever notre deuxième œillère : celle du clientélisme pratiqué par certains élus, qui nient avoir instrumentalisé ce mal-être social à leur profit. Il était évidemment nécessaire de moraliser la vie publique en mettant fin aux pratiques de népotisme. Mais l’immoralité s’étend aussi à ce mal pernicieux du clientélisme, dont les premières victimes sont les habitants des quartiers populaires. Un clientélisme qu’il faut non seulement dénoncer mais surtout pénaliser. J’appelle le gouvernement à prendre en main ce dossier et à mettre ces élus locaux face à leurs responsabilités.