Alstom Belfort : subjonctif passif

Alstom Belfort : subjonctif passif

L’histoire se répète. Pour le gouvernement, pour les français, pour Alstom. L’argent public, rare et donc précieux, a de nouveau été investi selon la plus pure tradition court-termiste des socialistes. La séquence “Alstom Belfort” fait penser aux plus grandes années du Plan, cette carte de navigation sur laquelle François Hollande se déplace comme à son habitude avec sa boussole électorale.

L’Etat vient donc d’engager des commandes massives afin de sauver un site de production du groupe Alstom, à la fois en direct et à travers l’un de ses soldats les plus souvent sacrifiés, la SNCF. Indirectement, ce sont donc les Français qui, avec leurs impôts, viennent de commander des rames de TGV destinées à rouler sur des lignes inadaptées. Cela pourrait passer inaperçu s’il n’y avait pas déjà la dette colossale de la filiale de la SNCF dédiée aux infrastructures, ou si la SNCF n’avait pas déjà le plus grand mal à rentabiliser certaines de ses lignes, notamment en province. Gageons que l’augmentation de leurs points morts par l’acquisition de matériel onéreux n’arrangera rien.

Nous continuons donc, après les fameux épisodes Montebourg (sur Alstom – déjà !, ou sur la cession de Dailymotion par Orange), à nous enfoncer dans un capitalisme d’assistanat, reprenant des méthodes d’une autre époque. Qu’on se le dise : l’Etat achète des TGV dont il n’a pas besoin, avec un argent qu’il n’a pas, pour sauver une entreprise qui n’en a pas besoin. Nul besoin en effet d’être un grand financier pour comprendre qu’ici c’est Alstom qui sort grand vainqueur de son bras de fer : non seulement le groupe met relativement peu la main à la poche lui-même, mais surtout le peu qu’il investit est destiné à la diversification de son site. C’est donc ici le seul à faire un investissement d’avenir. L’Etat, par le biais de ces commandes forcées, prend à la fois un risque industriel et un risque juridique : combien de temps va-t-il pouvoir se cacher à Bruxelles derrière l’accord-cadre signé avec Alstom en 2007 ? C’est finalement, comble de l’ironie, la majorité précédente qui dispense le gouvernement d’un appel d’offres plus global. Le répit que s’est acheté François Hollande avec l’argent des Français risque d’être de bien courte durée !

De nombreux secteurs sont aujourd’hui en crise en France – le tourisme par exemple – et ils ne font pas tous l’objet d’un soutien aussi rapide et important. L’Etat et ses principaux représentants sont incapables de regarder les problèmes tels qu’ils sont et d’y faire face. Comment dès lors regagner la confiance des acteurs économiques ainsi que celle des Français qui doutent des capacités de leurs dirigeants ? Le dogmatisme de ce gouvernement aura fait tellement de dégâts entre 2012 et 2017 que la majorité de l’alternance prochaine devra composer avec un passif douloureux.