Intelligence Artificielle : et si l’Etat décidait déjà d’être innovant dans sa propre action?

Intelligence Artificielle : et si l’Etat décidait déjà d’être innovant dans sa propre action?

Les récentes prises de position du gouvernement sur le sujet de l’Intelligence Artificielle ont le mérite d’avoir posé les bases d’une mobilisation générale. La France a les capacités, sinon de courir, au moins de partir à point. Mais avant de songer à donner des leçons aux acteurs qui travaillent depuis plusieurs années sur l’IA, l’Etat devrait s’assurer d’être lui-même exemplaire. Au vu des politiques menées ces dernières années, seule cette manière d’agir serait d’une innovation radicale.

Oui, l’Intelligence Artificielle est un enjeu essentiel pour nos économies et nos emplois de demain. Oui, il est impératif que le gouvernement identifie ce sujet pour accompagner l’émergence de cette technologie. Oui, la France pourra prendre un avantage concurrentiel décisif dans les années à venir en se positionnant sur les secteurs identifiés dans le rapport Villani, comme la santé, l’éducation ou la ville connectée. Mais la plupart des propositions ne devraient ni être portées par l’Etat, ni même être intégrées dans une proposition de loi.

Parmi les recommandations portées par le rapport Villani, seuls trois chantiers sont résolument essentiels et directement dévolus à l’action de l’Etat.

L’Etat devrait tout d’abord être exemplaire en termes de partage de données publiques. Le rapport pose très justement le constat de l’open-data comme un préalable indispensable au développement du secteur. Il enjoint donc les entreprises à rendre leurs données publiques, l’Etat pouvant soi-disant jouer le rôle d’un tiers de confiance dans ces transactions. Il serait surtout plus opportun que l’Etat s’assure que les acteurs publics, Pôle Emploi par exemple, soient volontaristes et en capacité d’assurer le partage de leurs propres données. Ce n’est pas le cas aujourd’hui : la Région Ile-de-France en a déjà fait le constat au moment de la constitution d’une plateforme permettant un accès plus facile à la formation continue.

Que l’Etat s’assure ensuite d’avoir des administrations agiles, au service des citoyens, et qui adoptent régulièrement les solutions technologiques à la pointe pour améliorer la qualité de service. Et ce, sans avoir peur d’acheter les solutions des startups, ce qui serait un meilleur moyen de soutenir leur croissance que de leur accorder une subvention. La plupart des relations entre l’administration et le citoyen peuvent aujourd’hui relever d’une procédure automatisée, permettant ainsi de se consacrer à ceux qui en ont le plus besoin tout en dégageant des économies. De nombreux acteurs privés ont développé les solutions technologiques qui le permettraient : nul besoin de réinventer la roue dans ce domaine. Et encore moins, comme de nombreuses administrations publiques ont tendance à le faire, de continuer à acheter des solutions qui ont 10 ans de retard mais dont les éditeurs connaissent bien les procédures publiques d’appels d’offres. De la même manière, l’Etat devrait, avant même de songer à créer de nouvelles normes sur les algorithmes, s’assurer que la réglementation européenne sur les standards ouverts soit bien appliquée et que les entreprises soient en mesure de développer des solutions compatibles avec les administrations publiques.

Enfin, il faut que l’Etat s’assure d’avoir une économie compétitive, attractive pour les capitaux étrangers, qui permettront la croissance des entreprises françaises. De ce point de vue, l’extension du décret Montebourg à des secteurs connexes à l’Intelligence Artificielle est une erreur. L’urgence est de s’assurer de créer un marché européen unique, sur le plan réglementaire et administratif, répondant aux mêmes règles et aux mêmes besoins, afin de permettre aux start-ups européennes d’atteindre rapidement une masse critique suffisante sur un marché assez grand.

Changer le paradigme de l’action de l’Etat serait le seul acte résolument innovant que ce dernier pourrait porter. S’assurer que sa propre action soit efficace et lisible, tout en permettant aux acteurs, publics ou privés, d’agir dans de bonnes conditions n’est pas seulement nécessaire, c’est aussi suffisant.