Les Républicains doivent soutenir la réforme de la SNCF

Les Républicains doivent soutenir la réforme de la SNCF

Avec les grèves persistantes autour de la réforme ferroviaire, un premier mouvement de contestation sociale a pris forme. Les commentateurs s’empressent de le comparer à la vaste mobilisation de 1995, et pourquoi pas – hasard du calendrier – à mai 1968. La droite, qui cherche légitimement à exister comme force d’opposition, a décidé de saisir cette opportunité pour peser face au gouvernement.

 

On a entendu ceux, comme Guillaume Peltier, qui ont cherché les lacunes du projet : ils ont fait valoir l’absence de réforme concomitante de l’assurance retraite des agents de la SNCF, le manque de moyens pour le financement des petites lignes, ou l’indélicatesse du passage par les ordonnances.
On a moins entendu ceux, comme Damien Abad, qui ont ouvertement annoncé qu’ils voteraient en faveur de cette réforme. Parce qu’il en va de la crédibilité de la droite de gouvernement, espérons que, dès demain, la grande majorité des députés LR suivront son exemple.
Quel serait en effet l’intérêt de s’abstenir ou de faire mine de s’opposer à une réforme qui permet à la SNCF d’avancer dans la résolution de ses problèmes les plus patents : un endettement faramineux, un manque chronique d’investissement dans les infrastructures, une perte d’efficacité du service public alors que les moyens alloués continuent d’augmenter. Même si cette réforme ne résout pas l’ensemble des problèmes, l’intérêt général commande de la soutenir.
Le problème de l’endettement de la SNCF doit en particulier être pris à bras le corps alors que son statut juridique actuel, particulièrement rigide, ne le permet pas. Le problème de son efficacité économique est également inquiétant: SNCF Réseau emploie 55 000 salariés pour 30 000 km de voies quand la Deutsche Bahn emploie 45 000 salariés pour 40 000 km de voies. Les bénéfices de l’ouverture à la concurrence ont déjà été prouvés dans les pays voisins, notamment avec des baisses importantes des prix pour les usagers, jusqu’à 30% en Italie. Les régions pourront également ouvrir les négociations autour de la gestion des lignes de TER, et ainsi dégager des marges de manœuvre importantes pour réinvestir dans le matériel roulant, comme nous le faisons en Ile-de-France depuis deux ans avec Valérie Pécresse.
Encore faut-il que la SNCF soit prête à faire face à la concurrence ! Est-ce si difficile de comprendre que face à de nouveaux entrants, elle n’a plus les moyens de recruter ses agents à des conditions dérogatoires du droit du travail ? Il ne s’agit pas là d’opposer les petits aux puissants comme on a pu l’entendre. Il s’agit de poser un constat de bon sens, que tous les enfants connaissent : quand la tirelire est vide, on ne peut plus acheter de bonbons. La droite peut-elle se permettre de dire le contraire ?
Les sondages d’opinion ne sont pas là pour permettre aux hommes politiques de choisir leur camp. En l’occurrence, l’ambivalence des Français s’y exprime : 44% soutiennent le mouvement de grève, et 62% espèrent que le gouvernement ira au bout de sa réforme. La bataille de l’opinion n’est pas gagnée, et le ras-le-bol face à l’absence d’un service minimum – pourtant inscrit dans la loi – bousculera peut-être encore les équilibres. Pour autant, en s’opposant à une réforme qu’elle aurait pu faire, la droite ne ferait qu’un pas de plus vers sa propre disparition. Il existe d’autres sujets pour s’opposer sincèrement et intelligemment au gouvernement actuel, sans y sacrifier toute crédibilité.
Nous devons apporter notre soutien au projet de réforme de la SNCF, car ce sera d’abord un soutien à nos propres idées.