Tribune dans L’Opinion : « La droite doit assumer son libéralisme »

Tribune dans L’Opinion : « La droite doit assumer son libéralisme »

Retrouvez ma tribune publiée dans L’Opinion :

Les commentaires nombreux et les débats actuels sur la reconfiguration politique en cours omettent souvent de poser un constat crucial. Sous l’impulsion d’Emmanuel Macron, une partie de la gauche assume désormais de jouer le jeu de l’économie de marché et de la mondialisation. Cela vient profondément perturber les lignes politiques existantes. Privée de pouvoir porter seule le discours d’une politique favorable à l’initiative privée et aux entreprises, l’opposition de droite cherche à se démarquer. Et elle court le risque de se tromper de lignes de fracture en prenant le contre-pied du nouveau pouvoir et en revendiquant une approche beaucoup plus étatiste et souverainiste des questions économiques. Pour le pays comme pour la droite elle-même, ce serait mortifère.

Il semblerait que certaines personnalités de droite, dont Laurent Wauquiez, souhaitent porter la voix d’un antilibéralisme pour le moins étonnant. Après avoir braconné sur les terres du Front National avec une ligne identitaire, la droite devra-t-elle braconner désormais sur les terres de l’extrême-gauche en matière économique ? Comment expliquer autrement que certains élus de droite aient choisi de critiquer, sur son principe, la baisse du nombre de contrats aidés décidée par le gouvernement ?

Rien dans notre ADN politique ne justifiait cette position. Elle est venue s’ajouter aux attaques violentes contre le rapprochement d’Alstom et de Siemens Mobility, au nom d’un souverainisme économique étriqué. Faut-il dès lors nier le succès d’Airbus, qui démontre la nécessité de construire des géants à l’échelle européenne afin d’atteindre une masse critique suffisante, dans une compétition mondiale de plus en plus féroce ? Face à la réalité du monde du 21e siècle, ces postures économiques sont aussi utiles que si nous investissions aujourd’hui massivement dans la machine à vapeur.

Si l’on regarde les autres pays européens, la différenciation entre les deux principaux partis de gouvernement ne se fait jamais en premier lieu sur le terrain du rapport aux entreprises. L’approche libérale est acceptée et partagée par le SPD comme par la CDU-CSU en Allemagne. Il en va de même entre le Labour et les Torries en Grande-Bretagne. Seule la gauche de gouvernement française avait conservé une posture électorale en restant attachée à la lutte des classes, même si cela avait davantage d’effet dans le discours de ses dirigeants que dans leurs décisions prises une fois aux manettes.

Qu’Emmanuel Macron revendique désormais une approche favorable aux entreprises ne doit pas nous faire oublier qui nous sommes. Prenons-le même au mot et allons plus loin ! La droite française est riche de l’apport de ses artisans, ses chefs d’entreprise, ses professions libérales et ses indépendants. La liberté, y compris économique, est au cœur de ses principes fondateurs. La méfiance envers l’initiative privée doit lui rester étrangère. Parce qu’elle est avant tout un pragmatisme, la droite n’a d’avenir que dans le choix d’accepter la mondialisation, certes sans naïveté, mais sans la rejeter. L’idée absurde que l’on pourrait se retrancher derrière des frontières économiques immuables et renouer ainsi avec un colbertisme rassurant est chimérique.

Il fut un temps où la droite savait être conquérante et sans complexe sur les questions économiques. C’était un temps où le passé de banquier d’affaire d’un Président de la République, Georges Pompidou, ne posait pas question. L’élection d’Emmanuel Macron en-dehors de notre famille politique ne doit pas nous éloigner de cette filiation politique qui nous conduit à être tout à fait favorable aux entreprises et à leur développement.

La droite doit assumer d’être libérale – un mot certes tabou en France. Assumons le pourtant jusqu’au bout, en voulant à la fois la valorisation de l’initiative privée et la réforme de la sphère publique. Sur ce dernier point, le gouvernement actuel est pour le moment défaillant, avec des réflexes très interventionnistes, trop étatistes et largement centralisateurs. La droite que je défends s’honorerait à poursuivre le travail en faveur d’une rationalisation de la sphère publique, afin de la rendre à la fois plus économe et plus efficace.

Cela suppose un travail en profondeur sur les périmètres, les missions et les organisations, travail autrement plus difficile que les simples coups de rabot dont trop de gouvernement successifs se sont contentés. C’est un travail au cours duquel l’Etat doit bien souvent assumer de se dessaisir de certaines actions, au profit d’un véritable partage de compétences avec les collectivités locales, ou osons le dire, avec des entreprises privées. Gageons que ce mouvement peut se faire, contrairement à ce que beaucoup pensent, au bénéfice des citoyens et non à leur détriment.

La droite peut donc être une opposition intelligente face à cette nouvelle majorité, tout en restant fidèle à la fois à ce qu’elle est fondamentalement et à l’intérêt de la France. Dans un monde en constante mutation, le sujet majeur est de préparer le pays aux grands défis de la prochaine décennie qui nous sont imposés par le progrès technologique, avec par exemple l’intelligence artificielle, la cybersécurité, ou encore les biotechnologies.

L’Histoire s’accélère, avec des mutations économiques de plus en plus rapides dans la sphère privée alors que le temps politique reste, lui, terriblement lent. L’Etat, et plus largement les pouvoirs publics, doivent trouver leur place dans cette nouvelle donne, d’abord en se réformant eux-mêmes. Voilà l’un des principaux défis de réflexion programmatique qui attend la droite ces prochaines années. A condition, bien sûr, que la droite choisisse de rester de droite.